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Hier, j’ai affronté, en une fois, deux de mes préoccupations existentielles de fille qui pense trop… La première est l’un de mes démons qui me suis depuis toujours, l’autre une interrogation récente… Et honnêtement, avoir ces deux là en même temps sous le nez, ça m’a nettement secoué, jusqu’à provoquer une bonne vieille baisse de forme, de moral, de joie de vivre de retour à la maison…après un trajet en voiture, sans bruit, à réfléchir…

Je te présente donc:

  • le manque de confiance en soi (et le manque d’estime de soi, qui va avec)

et

  • l’appréhension à la conduite d’un équidé, autrement dit, faire du dada (et les questions éthiques qui en découlent si tu as bien suivi cet article!)

Parce qu’en fait, au départ, je ne faisais que passer pour déposer Miss Grumpy à son énième stage d’équitation, un 26 décembre, jour férié dans notre contrée mosellane… Juste passer, déposer… c’est tout…Centre équestre vide, petite bruine matinale, yeux qui piquent… je m’imaginais déjà rentrer au plus vite pour me glisser sous une couverture, avec un thé à la main, et essayer d’oublier tous ces aliments qui me sont passés devant le nez en 2 jours, Noël oblige… et par la même occasion, tenter de rédiger quelques articles afin de nourrir mon blog quelque peu délaissé ces derniers temps…Mais ça… c’était sans compter sur l’intervention du Lieutenant-Colonel Nicolas… coach et moniteur d’équitation de son état, qui m’a gentiment ordonné de passer le cap aujourd’hui et de grimper sur une selle… Mes excuses bidons sur l’inadéquation de ma tenue (bah non, on ne fait pas du poney en blouson de cuir, M’sieur Nico!), le froid ambiant, la position du soleil dans le ciel, l’intonation du cri du pigeon, n’ont eu absolument aucun effet à part cette réponse: « tu reviens à 11h avec des bottes ». Oui, m’sieur… j’y vais m’sieur…

De là, née en moi une véritable torture mentale, n’ayant pas de tenue pour ce genre d’activité sportive… et on est bien d’accord que je ne peux pas me pointer dans ma tenue de body combat, et encore moins avec des bottes (comme si quelque part, chez moi, j’avais des bottes d’équitation…! il est sérieux?). Et il est trop tard pour le coup de fil à une amie cavalière… Mais surtout, l’interrogation principale c’est: je vais avoir l’air de quoi? toute mal fagotée avec les premiers trucs que je trouve et dans lesquels je serais à peu près à l’aise pour bouger et me salir sans peur? Et ouais… ne pas pouvoir profiter de l’occasion et du moment, à cause de basses considérations vestimentaires, à première vue. Je te dis bien à première vue, car évidemment, tout cela est bien plus profond, et remonte à une époque ingrate où malgré tous les efforts possibles, je n’avais l’air de rien face à ces « copines » à l’aise en toute situation, jolie naturellement, sachant marcher avec grâce, s’exprimer  de façon mielleuse pour obtenir ce qu’elles souhaitent. C’est de cette époque que je tiens mon immense déficit d’image, et il ne m’a pas lâché depuis… des moqueries sur mon nez, sur le fait que je rougis facilement , sur ma taille, la forme de mes yeux et j’en passe… Naaaan, je ne suis pas un monstre…! Mais tu n’as jamais remarqué que je suis très peu en photo sur le blog? (et de moins en moins dans la vie de façon générale d’ailleurs). C’est simple… et hop, le clip parfait bien ringard et kitsch à souhait avec chevaux et belles filles…

Et pour preuve encore dernièrement quand j’ai osé une photo aux côtés de Miss Grumpy, en pied, où je la regarde de profil. Réaction d’une de mes amies (t’inquiètes, je me suis vengée depuis): « Wouah, trop belle la photo, je ne t’ai pas reconnue, tu as retouché quoi? »… Merci donc à cette « amie » pour sa franchise sans borne…

Mais revenons à nos équidés! Ouais parce qu’en fait au départ, je ne faisais que passer, et déposer…Je sais, je sais, je me répète… L’expérience a donc pris une toute autre tournure… une tournure à laquelle je ne m’attendais sûrement pas et surtout pas… Une véritable remise en question, un jugement personnel sur ma propre valeur, mes capacités, ma façon d’être… Moi qui avait en tête des cavalières longilignes, vêtements près du corps, bottes ajustées et petit blouson moulant Ralph Lauren, me voilà habillée comme si j’allais ramasser des coquillages en Bretagne… vive le glamour, et adieu l’image de la belle amazone sur sa monture! Etre à l’aise en toute circonstance, je ne sais pas faire, je fais semblant, depuis toujours,c’est comme un accord tacite entre moi et la société… mais là… un être vivant exempt de ces considérations intervient… il s’en tamponne complètement, le cheval, que je sois à l’aise ou pas, que je fasse semblant ou pas… et là, blocage, de par le fait de ma timidité envers l’animal, de mon introversion maladive envers ceux qui m’entourent, de mes considérations à tendance vegan de ne pas vouloir faire mal, de ne pas vouloir le déranger, et aussi à cause de l’impression d’être une patate sur une savonnette… et malgré les interventions du Lieutenant-Colonel m’expliquant de façon limpide et calme la différence entre faire mal et motiver une bestiole de plus de 450kg, rien n’y fit… mes petits coups de talon de gamine de 3 ans (dixit Mr Grizzly…merci pour cette remarque…) sur les flancs de ma pauvre monture désabusée ne me permirent que d’avancer lentement d’un point A à un point B, sans passer par la case trot ou galop. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi impuissante, au point d’en avoir les larmes aux yeux, d’avoir envie de tout lâcher, de descendre, d’envoyer tout chier… c’est con, je sais, mais évidemment je ne l’ai pas fait, car premièrement, ma fille était là, deuxièmement mon caractère est tout autre et abandonner n’existe pas et troisièmement, je n’avais, quoiqu’il en soit, pas la moindre idée de la façon de descendre de l’animal… Par désespoir vraisemblablement, le Lieutenant-Colonel Nicolas a pris les choses en mains et mon postérieur lui en est infiniment reconnaissant depuis (rapport aux chocs avec la selle, que ce soit clair!)…

masque-licorne

Source: internet

En fin de journée, pour nous détendre il nous emmena, Miss Grumpy et ma pauvre personne au bout du rouleau de sopalin, en balade. Il pris soin de tenir ma bêbête tout du long, sûrement au cas où il me viendrait à l’idée de partir enfin au galop… Cela m’a au moins permis de pouvoir discuter avec lui de tout autre chose que de mes non-capacités équestres. Et quand au détour d’une conversation sur les relations parfois difficiles d’un moniteur avec les maris de certaines clientes, l’enfant, captant un mot sur deux, lance de façon inopinée un truc du genre « tu touches pas à ma maman » et que comme réponse tu obtiens un vaillant et fabuleux « Ça risque pas! », les micro-fragments de bravoure, d’estime de moi et de fierté qu’il pouvait encore me rester se sont évanouis au fond des champs, touuuuuuuut là-bas… Parce que j’ai beau être mariée, heureuse dans mon couple, comblée, ou tout ce que tu veux comme blahblah bin n’empêche que:

  • ça vexe graaaaaaaave (mais même pas tu imagines à quel point m’sieur le mono de poney!)
  • t’as toutes les images de ton adolescence qui te sautent d’un coup à la figure, et bordel ça fait mal!
  • ton amour propre descend enfin en dessous du niveau de la mer (rapport à la tenue de tout à l’heure!)
  • tu savais déjà que ton charme naturel n’attirait que les animaux à condition que tu détiennes un peu de nourriture dans la main, mais là, tu en as la confirmation.
  • tu te demandes en fin de compte si ton mari n’est pas jaloux par excès de confiance en lui ou parce qu’il sait très bien qu’il ne risque pas de t’arriver grand chose…

Avec tout ça, tu te dis que plus jamais je ne mettrai mon pied dans un étrier… peut-être que oui, peut être que non, pas encore décidée… pas encore récupéré tous les morceaux que j’ai perdu en route…

Et comme je ne suis pas rancunière (et que surtout je n’ai pas encore trouvé la façon adéquate de lui rendre la pareille ) je tiens tout de même à remercier notre Lieutenant -Colonel Nicolas, si patient, si calme, si directif car il ne faut pas oublier qu’il doit supporter la fille & la mère!

 

Bang, Bang I Shot You Down!